Processus de création…

Lors des prochaines publications (dans ce même article), toute une série sera consacrée au processus de création ; autrement dit, j’aborderai les problématiques liées au choix du modèle, à la réalisation du dessin, sa finition en PAO/DAO, jusqu’à son impression sur le support. 

Phase 1 : Choisir le modèle

Je vous fais une confidence : lorsqu’il ne s’agit pas d’une demande personnalisée, j’éprouve souvent la plus grande difficulté à choisir un portrait dans la longue liste de ceux que je souhaite réaliser. Et je ne vous parle pas du choix de la posture (portrait en pied, en tête, de face, trois-quarts face, de profil, etc.) qui peut parfois prendre encore plus de temps et me tirailler davantage.

Pour me faciliter la tâche, je réalise toujours trois dessins en même temps et passe successivement de l’un à l’autre jusqu’à leur finalisation. Ce travail en simultané offre deux avantages : il atténue ma frustration liée au choix d’un modèle tout en facilitant la prise de recul. En effet, les ajustements à froid sont pour moi les meilleurs, car mon regard s’étant distancié, mon évaluation s’en trouve plus objective…

Vous l’avez compris, cette partie de mon travail, est loin d’être pour moi la plus simple. Il faut dire que les photos que j’ai sélectionnées sur Pinterest ou sur Google se comptent par centaines et m’offrent par conséquent un large éventail de possibilités.  

Une fois décidé qui j’allais dessiner, se pose alors la question de quelle photo je vais m’inspirer pour le croquer ? Pour Baudelaire, je n’ai pas eu à hésiter : la photo où on le voit poser de face, mains dans les poches, l’air désinvolte et défiant l’objectif de Nadar, est une parfaite incarnation du dandysme. Dans cette posture, comment ne pas l’imaginer proclamer : « Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire. » ?

Pour Marilyn Monroe, ce fut une toute autre histoire… Les milliers de clichés qui la représentent ne m’ont pas facilité la tâche ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai commencé par une planche, afin de m’éviter de me retrouver dans la position de l’âne de Buridan qui, placé à égale distance entre un seau d’eau et d’avoine, finit par mourir à force de ne pas savoir choisir.

Phase 2 : La réalisation du dessin

C’est de loin pour moi la partie la plus captivante. Je me suis fixé un objectif, et je ne sais jamais si je vais l’atteindre, le dépasser ou le rater. Eh oui, rater un dessin, cela peut m’arriver… Les causes en sont multiples : impatience, désintérêt croissant pour le modèle, lassitude de ne pas obtenir l’effet recherché, etc.

Curieusement, lorsque je dessine dans le cadre d’une demande personnalisée, mon sentiment d’échec est rarissime… En effet, parce que je n’ai pas eu à faire le choix du modèle, je ne me sens en proie ni au doute ni au regret ; je suis focalisé sur l’objectif et totalement animé par le désir de satisfaire mon client. C’est de facto le contexte le plus favorable au don et au dépassement de soi, deux ingrédients évidemment très propices au succès.

Phase 3 : Scanner les dessins

Afin d’optimiser mon temps et mon organisation, j’attends d’avoir réalisé une dizaine de dessins avant de me pointer chez l’imprimeur, sauf s’il s’agit bien entendu d’une demande personnalisée ; là, c’est la priorité absolue.  

Phase 4, suite et fin : Retoucher mes dessins

Lors de cette phase, je m’applique à effacer les scories et autres taches, mais surtout à accentuer les valeurs afin de renforcer les contrastes. Sans ce travail, il me saurait impossible d’imprimer mes dessins dans de bonnes conditions : le rendu serait bien trop pâle. C’est également la phase où il m’arrive de mettre quelques touches de couleurs et où je fais apparaître ou non du texte. A ce stade-là les arbitrages se multiplient : choix des couleurs ainsi que leur niveau de saturation, choix de la typographie et de la taille des caractères. Les dilemmes sont nombreux, et il n’est pas rare que, quelques jours ou semaines plus tard, je revienne sur une décision, trouvant une typo ou une couleur plus judicieuse que celle de mon choix d’origine. Et puisqu’il est encore et toujours question de choix, il y a aussi celui de la citation d’un auteur dont j’ai fait le portrait… Or certains auteurs sont si pourvoyeurs de citations (Oscar Wilde, par exemple) qu’en choisir une parmi les dizaines de leur répertoire relève parfois du casse-tête.

Le saviez-vous ? « Travail » vient du mot latin « tripalium » qui signifie « instrument de torture ». Autrement dit, une activité que l’on exerce avec passion pour « gagner sa vie » (curieuse expression…), n’est par conséquent plus un travail mais un idéal… Ainsi, vous l’avez compris, Oscar Wilde ne nous incite pas à nous prélasser H24, mais plutôt à réfléchir sur le sens de notre vie professionnelle.

A ce propos, je me demande s’il est pertinent d’intégrer dans mon offre une citation par auteur, surtout si l’on considère que la préférence d’une citation à une autre se forme le plus souvent à l’aune de raisons intimes et subjectives. Bref, je ne saurais trop recommander aux passionnés de littérature (dont je fais partie) de recourir finalement aux demandes personnalisées… Qu’en dites-vous ? 

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